Johanna Fusco  •  Artiste textile en Provence

vision artistique

Mon travail naît d’une conviction : l’essence du réel ne réside pas seulement dans ce qui se voit, mais dans l’invisible qui relie les êtres, les paysages et les temps.

De cette conscience est né un désir de réparation — celle du lien intime qui nous unit au Vivant.

Créer devient pour moi un acte de reliance. Tisser, teindre, filer : ces gestes anciens me relient à la terre, au temps et à ceux qui ont transmis ces savoirs avant moi.

Par les fibres naturelles, les plantes tinctoriales et le rythme lent des mains, j’invoque la mémoire des cycles et des générations.

Chaque œuvre naît dans une temporalité lente, proche du rituel. Le geste répété devient invocation : il ancre dans la matière l’énergie des saisons, des ancêtres et des forces invisibles.
Je ne cherche pas une image, mais une vibration — un rythme qui traverse le corps, relie l’âme au monde et relie chaque être à une unité plus vaste.

Ma démarche n’est pas un retour au passé, mais une réinvention des gestes anciens pour répondre aux besoins d’aujourd’hui — dissiper l’isolement invisible qui fragmente, et rappeler que ressentir son appartenance au grand Tout, c’est retrouver à la fois la paix et la responsabilité.

Mes pièces deviennent alors plus que des objets : ce sont des talismans contemporains, des présences vibrantes qui invitent à ralentir, à se laisser traverser et à renouer avec le monde.
Des portails vers un espace de reliance — visible et invisible, intime et universel, présent et ancestral.

Ce n’est pas un discours intellectuel, mais une expérience sensorielle : une manière d’éveiller cet écho ancien, la conscience profonde que nous faisons partie du même souffle que la matière que nous touchons.

Chaque fil devient alors une respiration, chaque œuvre une trace de passage entre mémoire et matière, entre ce qui se perçoit et ce qui agit en silence.

Ainsi, l’art ne cherche pas à illustrer : il réveille. Il agit comme un rituel de guérison, un acte d’amour envers le monde, inscrivant à nouveau l’humain dans la continuité du Vivant.

J’ai choisi la fibre parce qu’elle incarne un lien direct avec la Terre et le temps. Le textile n’est pas pour moi un « matériau » : c’est une chair vivante, porteuse de mémoires et d’énergies — celles d’un animal, d’une plante, d’un territoire, d’un geste ancestral. Créer avec ces fibres, c’est entrer en dialogue avec elles, honorer leur origine et prolonger leur trajectoire.

Je glane certaines de mes fibres dans la nature autour de moi et sélectionne rigoureusement des matières nobles et enracinées : laine locale de Mérinos d’Arles ou de Brigasque issues d’éleveurs identifiés, lin 100 % français, bois de proximité, mais aussi soies Ahimsa, coton Pakucho et autres fibres à forte valeur patrimoniale.

Chaque choix témoigne d’une relation juste entre humains et milieux, et valorise des communautés qui préservent des savoirs et des paysages.